Sécurité incendie au travail : le guide pratique du salarié

Un feu double de volume toutes les minutes environ dans un local fermé, et ce sont les fumées, non les flammes, qui font la majorité des victimes. Autrement dit, ce qui se joue dans un incendie au travail se joue dans les toutes premières minutes, avant l’arrivée des secours. Pendant ces minutes-là, il n’y a que vous et vos collègues.

Votre employeur a des obligations précises : moyens d’extinction, alarme, consignes affichées, exercices réguliers, formation. Mais ces moyens ne servent qu’à condition que vous sachiez quoi en faire. Ce guide vous explique ce que vous devez savoir de votre propre établissement, quels réflexes adopter face à un départ de feu, comment évacuer, et ce que la loi vous garantit.

Ce que votre employeur doit vous garantir

Des moyens d’extinction accessibles

L’article R4227-28 du Code du travail pose le principe : l’employeur prend les mesures nécessaires pour que tout commencement d’incendie puisse être rapidement et efficacement combattu, dans l’intérêt du sauvetage des travailleurs.

Concrètement, l’article R4227-29 fixe un minimum : au moins un extincteur portatif à eau pulvérisée d’une capacité minimale de 6 litres pour 200 mètres carrés de plancher, et au moins un appareil par niveau. Ces extincteurs doivent être maintenus en bon état de fonctionnement, ce qui suppose une vérification périodique.

Un extincteur derrière une palette, un dévidoir inaccessible, une issue de secours encombrée : ce sont des situations à signaler, pas à contourner.

Une alarme que vous savez reconnaître

Dans les établissements où se trouvent habituellement réunies plus de cinquante personnes, ainsi que dans ceux où sont manipulées des matières inflammables quelle que soit leur taille, un système d’alarme sonore est obligatoire. Il doit être audible en tout point du bâtiment pendant le temps nécessaire à l’évacuation, avec un minimum de cinq minutes.

Question simple à vous poser aujourd’hui : sauriez-vous distinguer le signal d’alarme générale d’une sonnerie de fin de poste ou d’une alerte technique ? Si la réponse est non, c’est exactement ce que les exercices périodiques sont censés corriger.

Des consignes affichées

Une consigne de sécurité incendie doit être établie et affichée de manière très apparente. Elle indique le matériel d’extinction et de secours disponible, les personnes chargées de le mettre en œuvre, les personnes chargées de prévenir les sapeurs-pompiers, l’adresse et le numéro de téléphone du service de secours, et les modalités d’alerte du personnel.

Elle rappelle aussi une règle qui vaut pour tout le monde : toute personne apercevant un début d’incendie doit donner l’alerte et mettre en œuvre les moyens de premier secours, sans attendre.

Des exercices tous les six mois

L’article R4227-39 est celui qu’il faut connaître. Il prévoit des essais et visites périodiques du matériel, et des exercices au cours desquels les travailleurs apprennent à reconnaître les caractéristiques du signal sonore d’alarme générale, à se servir des moyens de premier secours et à exécuter les manœuvres nécessaires. Ces exercices ont lieu au moins tous les six mois, et leur date est consignée sur un registre de sécurité tenu à la disposition de l’inspection du travail.

Si vous n’avez jamais participé à un exercice d’évacuation depuis votre embauche, ce n’est pas normal, et vous pouvez le demander.

Une formation à la sécurité

L’article R4141-3 prévoit que la formation à la sécurité instruit le travailleur des précautions à prendre pour assurer sa propre sécurité et, le cas échéant, celle des autres personnes de l’établissement. La conduite à tenir en cas d’incendie en fait partie, au même titre que la circulation dans l’entreprise et l’exécution du travail.

Comprendre le feu en trois minutes

Le triangle du feu

Un feu a besoin de trois éléments réunis simultanément : un combustible (bois, papier, solvant, gaz, plastique), un comburant (l’oxygène de l’air) et une énergie d’activation (flamme, étincelle, point chaud, friction). C’est le triangle du feu.

Toute la logique de l’extinction découle de là : retirer un des trois côtés du triangle et le feu s’arrête. On étouffe (on supprime l’oxygène), on refroidit (on supprime l’énergie) ou on isole le combustible.

Les classes de feux

Tous les feux ne se combattent pas de la même façon, et se tromper d’agent extincteur peut aggraver la situation.

ClasseNature du feuExemples au travail
ASolides formant des braisesPapier, carton, bois, textile, plastique
BLiquides et solides liquéfiablesSolvants, peintures, hydrocarbures, résines
CGazButane, propane, gaz naturel
DMétauxMagnésium, aluminium en copeaux, sodium
FHuiles et graisses de cuissonFriteuses, cuisines collectives

Les feux d’origine électrique ne constituent pas une classe à part, puisque c’est l’équipement qui brûle et non l’électricité elle-même. Mais ils appellent une précaution particulière, détaillée plus bas.

Les fumées, le vrai danger

L’INRS le rappelle constamment : dans un incendie, les fumées tuent avant les flammes. Elles sont chaudes, opaques et toxiques. Elles privent d’oxygène, désorientent en quelques secondes dans un couloir pourtant familier, et contiennent du monoxyde de carbone, inodore et incapacitant.

Deux conséquences pratiques. D’abord, une porte fermée est une protection : elle retarde la propagation des fumées de plusieurs minutes. Ensuite, en présence de fumée, l’air respirable se trouve près du sol : on se baisse, on progresse accroupi, on ne traverse jamais un volume enfumé en pensant « ça ira ».

Vous découvrez un départ de feu : que faire

L’ordre des actions compte autant que les actions elles-mêmes.

1. Donner l’alerte, toujours en premier

Déclenchez l’alarme depuis le déclencheur manuel le plus proche, ce boîtier rouge à membrane. Prévenez ensuite selon la consigne affichée : chargé de sécurité, standard, responsable désigné. Appelez ou faites appeler les secours au 18 ou au 112.

Le réflexe à combattre est celui d’essayer d’abord d’éteindre discrètement, puis d’alerter si ça ne marche pas. Les minutes perdues à ce moment-là sont celles qui manqueront ensuite.

2. Attaquer le feu si, et seulement si

Vous pouvez tenter d’éteindre un départ de feu à quatre conditions réunies : le feu est petit et circonscrit, vous avez été formé à l’extincteur, vous disposez du bon agent extincteur, et vous conservez une issue de repli dans votre dos. Si l’une de ces conditions manque, vous évacuez.

On n’attaque jamais un feu en tournant le dos à la sortie, et on n’attaque jamais seul un feu qui a déjà pris de l’ampleur, dépassé la hauteur d’un homme ou gagné le plafond.

3. Évacuer

Si le feu résiste aux premières secondes, si la fumée s’épaissit, si vous doutez : vous partez. Un extincteur portatif contient quelques dizaines de secondes de produit, pas davantage.

Utiliser un extincteur correctement

Choisir le bon appareil

Agent extincteurEfficace surÀ proscrire sur
Eau pulvérisée avec additifClasses A et BFeux d’huile de cuisson, équipements sous tension
Dioxyde de carbone (CO2)Classe B, équipements électriquesEspaces confinés sans ventilation, feux de classe A profonds
Poudre polyvalenteClasses A, B et CLocaux à équipements sensibles (dégâts importants)
Extincteur classe FHuiles et graisses de cuissonAutres usages

Deux interdits à retenir absolument. Jamais d’eau sur un feu d’huile ou de friture : l’eau se vaporise instantanément au contact de l’huile brûlante et projette une gerbe enflammée. Jamais d’eau non plus sur un équipement sous tension : on coupe l’alimentation si c’est possible sans risque, et on utilise un extincteur au CO2.

La méthode

  1. Retirez la goupille de sécurité.
  2. Approchez à deux ou trois mètres, dos à la sortie, en restant debout ou légèrement accroupi.
  3. Faites un essai bref pour vérifier le fonctionnement et évaluer la portée.
  4. Visez la base des flammes, jamais le sommet.
  5. Balayez latéralement, par courtes impulsions plutôt qu’en jet continu.
  6. Surveillez la reprise après extinction apparente, et ne tournez pas le dos au foyer en repartant.

Avec un extincteur au CO2, tenez l’appareil par sa poignée isolante et non par le diffuseur, qui descend à des températures très basses et provoque des gelures immédiates.

Évacuer : les réflexes qui comptent

Les rôles dans l’évacuation

Une évacuation organisée repose sur des personnes désignées. Le guide-file ouvre la marche et conduit le groupe jusqu’au point de rassemblement par l’itinéraire prévu. Le serre-file ferme la marche, vérifie que les locaux sont vides, ferme les portes derrière lui et s’assure que personne ne reste en arrière. Le responsable d’évacuation fait le point au rassemblement et transmet aux secours.

Si vous êtes désigné guide-file ou serre-file, vous devez le savoir avant l’incendie, pas pendant.

Ce qu’on fait

  • On cesse immédiatement son activité, sans chercher à finir ce qu’on avait commencé.
  • On ferme les portes et les fenêtres derrière soi, ce qui ralentit la propagation.
  • On emprunte les escaliers et les issues de secours balisées.
  • On se baisse en présence de fumée pour trouver l’air respirable.
  • On rejoint le point de rassemblement et on y reste, pour que le comptage soit fiable.

Ce qu’on ne fait pas

  • On ne prend jamais l’ascenseur : il peut se bloquer et s’ouvrir sur le niveau en feu.
  • On ne revient pas chercher un objet personnel, un ordinateur ou un dossier.
  • On n’ouvre pas une porte chaude : on teste avec le dos de la main, et si elle est chaude on cherche un autre chemin.
  • On ne quitte pas le point de rassemblement sans y être autorisé, sous peine d’être compté comme manquant et de faire chercher les pompiers pour rien.

Si vous ne pouvez pas sortir

Réfugiez-vous dans un local avec fenêtre, fermez la porte, calfeutrez le bas avec un vêtement si possible mouillé, signalez votre présence à la fenêtre et appelez les secours en indiquant précisément votre position. N’ouvrez pas la porte tant que les fumées sont dans le couloir.

Les erreurs les plus fréquentes en entreprise

  • Bloquer une porte coupe-feu en position ouverte avec une cale ou un extincteur, par confort de circulation. Cette porte est précisément ce qui vous protégera.
  • Encombrer une issue de secours avec du stockage temporaire qui devient permanent.
  • Multiplier les multiprises en cascade, cause classique de départ de feu d’origine électrique.
  • Ignorer une odeur de brûlé ou un disjoncteur qui saute régulièrement, en se disant que quelqu’un d’autre l’a sûrement signalé.
  • Traiter l’exercice d’évacuation comme une formalité, en sortant sans chronomètre, sans serre-file et sans débriefing. Un exercice sans analyse ne sert à rien.

Les cas particuliers à connaître

Le permis de feu

Toute opération par point chaud, soudage, meulage, découpage, décapage thermique, effectuée hors d’un poste dédié, doit faire l’objet d’un permis de feu. C’est un document préalable qui recense les risques, impose la protection des matériaux voisins, la mise à disposition de moyens d’extinction et surtout une surveillance prolongée après la fin des travaux. Une part importante des sinistres industriels démarre plusieurs heures après une intervention de ce type.

Les entreprises extérieures

Si vous intervenez chez un client ou si vous accueillez des prestataires, les consignes d’évacuation doivent être transmises et le plan de prévention doit intégrer le risque incendie. Un intérimaire ou un sous-traitant qui ne connaît ni l’alarme ni le point de rassemblement est un risque pour lui et pour les autres.

Les locaux à risque particulier

Stockage de produits inflammables, atmosphères explosives, local de charge de batteries, cuisine collective : ces zones appellent des consignes propres et parfois une formation spécifique. Si vous y travaillez, la sensibilisation générale ne suffit pas.

La formation sécurité incendie : ce qu’on y apprend

Une formation utile ne se limite pas à faire manipuler un extincteur sur un bac à gaz une fois par an. Un programme complet couvre :

  • les causes réelles de départ de feu dans votre secteur d’activité,
  • le triangle du feu, les classes de feux et le comportement des fumées,
  • les moyens de première intervention disponibles dans votre établissement,
  • l’organisation de la sécurité incendie et les rôles de chacun,
  • la conduite à tenir : alerte, intervention, évacuation,
  • les consignes propres à votre poste et à vos locaux.

Chez FCS Academy, la formation Incendie : les bases en milieu industriel couvre ces éléments en un module court, à suivre en ligne, complété par un document de synthèse et une évaluation par QCM. Elle s’adresse au personnel des établissements industriels, salariés, intérimaires et stagiaires compris.

Ce module apporte les bases attendues au titre de la formation à la sécurité. Selon votre activité, il se complète par des exercices d’évacuation et une manipulation d’extincteurs organisés sur site, qui ne peuvent pas se faire à distance.

Comment la financer

Selon votre situation (salarié, demandeur d’emploi, indépendant), plusieurs dispositifs peuvent être mobilisés. Nous détaillons les possibilités sur la page Financer sa formation. Notre certification Qualiopi est en cours d’obtention et notre référencement sur Mon Compte Formation est en cours de validation : écrivez-nous à contact@fcs-academy.com pour connaître les modalités applicables à votre cas.

Questions fréquentes

La formation incendie est-elle obligatoire pour tous les salariés ? L’employeur doit organiser une formation à la sécurité au titre de l’article R4141-3, qui inclut la conduite à tenir en cas d’incendie. S’y ajoutent, dans les établissements concernés, les exercices d’évacuation au moins semestriels prévus par l’article R4227-39. La forme et le contenu s’adaptent à l’activité et aux risques réels du poste.

Suis-je obligé d’essayer d’éteindre le feu ? La consigne de sécurité incendie prévoit que toute personne apercevant un début d’incendie donne l’alerte et mette en œuvre les moyens de premier secours. Mais aucune règle ne vous impose de vous mettre en danger : si le feu a pris de l’ampleur, si vous n’êtes pas formé ou si vous n’avez pas le bon extincteur, la bonne décision est d’alerter et d’évacuer.

À quelle fréquence les exercices d’évacuation doivent-ils avoir lieu ? Au moins tous les six mois dans les établissements visés par l’article R4227-39. La date de chaque exercice et les observations qu’il a suscitées sont consignées sur un registre tenu à la disposition de l’inspection du travail.

Quel extincteur pour un feu d’origine électrique ? Un extincteur au dioxyde de carbone, en tenant l’appareil par sa poignée isolante. On coupe l’alimentation si c’est possible sans risque. Jamais d’eau sur un équipement sous tension.

Que faire si une issue de secours est bloquée ou encombrée ? Signalez-le immédiatement à votre encadrement, et si rien ne change, à un représentant du personnel ou au CSE. Une issue de secours obstruée est un manquement caractérisé, et vous n’avez pas à attendre un incendie pour le faire remonter.

Mon entreprise compte moins de cinquante personnes, sommes-nous concernés ? Oui. L’obligation générale de sécurité de l’article L4121-1 et les mesures de prévention des articles R4227-28 et suivants s’appliquent quelle que soit la taille de l’établissement. Certaines obligations, comme l’alarme sonore ou la consigne formalisée, visent spécifiquement les établissements de plus de cinquante personnes ou ceux qui manipulent des matières inflammables.

Faut-il un recyclage de la formation incendie ? Aucun texte ne fixe de durée de validité générale. Dans la pratique, un rappel annuel ou biennal est recommandé, ainsi qu’à l’occasion d’un changement de poste, d’un réaménagement des locaux ou de l’arrivée de nouveaux produits ou équipements.

Sources

  • Code du travail, articles L4121-1, R4141-3 et R4227-28 à R4227-41, Légifrance
  • INRS, dossier Incendie sur le lieu de travail et brochures associées
  • Norme NF EN 2 relative à la classification des feux